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La chauve-souris, une espèce à protéger

Avec l’Halloween qui approche, on commence à apercevoir des décorations un peu partout et un animal emblème de cette fête des enfants est la chauve-souris. Même si elle a sa place dans les maisons le temps d’une soirée, la chauve-souris a une mauvaise réputation, puisqu’on l’associe à la nuit, aux vampires et à la rage. Les gens ne veulent pas l’avoir près des maisons ou pensent qu’elle peut s’agripper aux cheveux. Malgré toutes ces idées préconçues entourant les chauves-souris, celles-ci sont d’une grande importance pour les écosystèmes et même pour nous. 

 

Les chauves-souris font partie de l’ordre des chiroptères, ce qui signifie : « ailes en forme de main ». Elles sont les seuls mammifères ayant la capacité de voler et sont répandues sur l’ensemble du globe, excepté pour l’Arctique et l’Antarctique. On compte plus de 1300 espèces de chauves-souris, principalement dans les régions tropicales. Au Québec, nous avons huit espèces dont sept sont présentes en Gaspésie. 

 

Le régime alimentaire des chauves-souris est très varié. Certaines se nourrissent de fruits et de nectar, de poissons, de grenouilles, d’insectes et même de sang. Même si plusieurs croient que toutes les chauves-souris sont assoiffées de sang, croyance popularisée par les films de vampires, seulement trois espèces s’en nourrissent. Et, elles préfèrent le sang des bovins, des chevaux et des oiseaux à celui des hommes. De plus, elles ne sucent pas le sang, mais vont plutôt laper, tel un chat, le sang coulant d’une incision qu’elles font avec leurs dents. Ces trois espèces se retrouvent en Amérique latine, donc aucune chance d’en croiser une dans les régions québécoises.
Toutes les espèces de chauves-souris présentes au Québec sont insectivores. Elles nous rendent un grand service en mangeant de grandes quantités d’insectes chaque nuit. Elles peuvent manger l’équivalent de leur poids en insectes, ce qui équivaut à environ 600 insectes à l’heure. Elles nous débarrassent donc de plusieurs insectes nuisibles pour l’agriculture et la foresterie et aident à notre confort en mangeant des insectes piqueurs.
Comme elles vivent la nuit et que leur vue n’est pas très bonne, les chauves-souris québécoises vont utiliser l’écholocalisation. Elles vont émettre des sons, et en écoutant l’écho de ceux-ci, vont pouvoir repérer et détecter les proies, les prédateurs et les obstacles. Comme ces sons voyagent sur de courtes distances, soit environ trois mètres, les chauves-souris ont un vol lent, mais très habile.
Puisqu’elles sont très utiles, il est important de les protéger, d’autant plus que plusieurs espèces de chauves-souris ont un statut préoccupant. Au Québec, trois espèces ont le statut « en voie de disparition » et toutes les espèces voient leur population chuter depuis plusieurs années. Plusieurs menaces pèsent sur les populations de chauves-souris, la plupart étant anthropiques. Certaines menaces, comme la perte d’habitat, l’utilisation de pesticides et les dérangements humains, sont présentes depuis longtemps. Mais dans les dernières années, deux nouvelles menaces affectent les chauves-souris vivant au Québec, le syndrome du museau blanc et les éoliennes. Le syndrome du museau blanc est une infection par un champignon, qui affecte les chauves-souris passant l’hiver au Québec en hibernation. Les chauves-souris résidentes hibernent dans des cavernes humides et fraîches, le même endroit où prolifère le champignon. Ce syndrome se caractérise par une forte mortalité dans les populations. Cependant, la cause exacte de mortalité est toujours inconnue. Les éoliennes affectent les chauves-souris qui migrent durant l’hiver. Comme elles volent plus haut que les autres chauves-souris, elles sont affectées par un changement de pression dans l’air derrière les éoliennes, ce qui force de grandes quantités d’air à entrer dans les poumons des chauves-souris, causant la mort. Plusieurs chercheurs font des études sur ces deux problématiques afin de rétablir les populations de chauves-souris.
Plusieurs démarches peuvent être faites afin d’aider les populations de chauves-souris québécoises. Elles ont besoin de certains habitats afin de se nourrir, mais aussi de s’abriter. Il faut donc protéger ces habitats. Elles apprécient les milieux humides comme les étangs et les marécages pour s’alimenter et les cavernes et arbres à tronc creux pour s’abriter. Il est aussi possible d’installer des nichoirs à chauves-souris, afin de leur offrir un abri supplémentaire. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait au Bioparc avec l’installation de huit nichoirs. Si tout le monde fait sa part, nous pouvons améliorer le sort des chauves-souris, méconnues, mais essentielles.

 

 
Photos : Stéphanie Bentz
Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’éducation, Bioparc de la Gaspésie
Sources : Biodôme de Montréal et Metro Toronto Zoo. Programme de protection des chauves-souris. http://municipalite.duhamel.qc.ca/pdfs/PDF_9.pdf (Page consultée le 8 octobre 2014)
Bat conservation international. [En ligne]. http://www.batcon.org/ (Page consultée le 8 octobre 2014)
Prescott, Jacques et Pierre Richard. Mammifères du Québec et de l’est du Canada. Waterloo : Éditions Michel Quintin, 2004. Imprimé.