Le blogue du Bioparc

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Les hivers du rongeur constructeur

En novembre, le froid commence à s’installer pour de bon. Les points d’eau gèlent et les animaux qui y vivent doivent revoir leur mode de vie pour l’hiver. Les tortues et les grenouilles se posent au fond de leur étang ou rivière, afin d’avoir accès à l’oxygène dissous dans l’eau (les tortues l’absorbent par les muqueuses de différents orifices alors que les grenouilles l’absorbent par la peau). Les poissons restent aussi au fond de l’eau, ralentissant leurs activités et nageant pour absorber l’oxygène par leurs branchies. Mais que devient le castor? Est-ce qu’il hiberne comme la marmotte? Est-ce qu’il migre? En fait, le castor reste actif toute l’année. 
 

 

Ce mammifère semi-aquatique passe l’hiver dans son étang. Mais rien n’est laissé au hasard. Il prépare la saison froide dès la fin de l’été. La construction d’un barrage permet de faire monter le niveau d’eau dans les étangs peu profonds, ce qui permet de cacher les entrées de la hutte sous l’eau, protégeant ainsi les castors de leurs prédateurs. Dans les endroits où l’eau est plus profonde, les castors ne construisent pas nécessairement de barrage. Dans tous les cas, la hutte, qu’elle soit au milieu d’un étang ou sur la berge, a plusieurs entrées, toutes sous-marines. À l’intérieur, la chambre principale est au dessus du niveau de l’eau, totalement au sec. 

 

Vers la fin de l’été, le castor commence à préparer ses réserves de nourriture pour l’hiver puisqu’il est herbivore et que sa principale source de nourriture n’est pas accessible toute l’année. Il débute le processus par la construction d’un radeau, constitué de branches entremêlées, à la surface de l’eau. Les branches utilisées viennent soit d’essences moins appréciées ou sont des branches déjà écorcées. Une fois le radeau construit, le castor s’affaire à ancrer au fond de l’eau des plantes aquatiques, des petites branches bien feuillues et des plus grosses branches, le tout sous le radeau. Il sélectionne ses essences favorites comme le saule, l’aulne, le peuplier et le bouleau. Il en met jusqu’à ce que ça devienne un amas bien compact. Puis il ajoute des branches et de la boue sur le radeau pour que celui-ci coule un peu. De cette façon, le radeau gèle à la surface de l’eau et protège la réserve de nourriture.
Le castor prépare aussi sa hutte avant l’hiver. Comme lui et sa famille y passent beaucoup de temps durant la saison froide, il s’assure que celle-ci les protègera bien. Il ajoute de la boue sur la surface extérieure de la hutte. Cette boue, lors des grands froids, gèle et devient très dure, ce qui empêche les prédateurs de creuser et d’avoir accès à l’intérieur de la hutte. La majorité des sorties du castor se font sous l’eau, pour aller chercher de la nourriture dans la réserve, bien qu’il est possible d’observer des castors dans la neige, à la recherche d’un arbre à ronger.
Comme il est facile de s’imaginer, l’eau d’un étang gelé est très froide. C’est pourquoi le castor a des adaptations qui lui permettent de tolérer de basses températures. Sa fourrure est épaisse et imperméable. Il possède deux types de poils, les poils de garde, poils longs et raides qui protègent la surface et les petits poils fins, très nombreux et proches de la peau, pourvus de minuscules crochets, formant une couche imperméable. De plus, le castor sécrète le castoréum, une substance huileuse servant à imperméabiliser sa fourrure. Cette substance odorante sert aussi à marquer son territoire et à s’identifier entre individus. La queue joue aussi un rôle important puisqu’elle permet la régulation de la chaleur et sert de réserve de graisse pour les moments où la nourriture est moins abondante, comme c’est le cas durant l’hiver.
Bien que discret durant l’hiver, le castor est actif et il y a une façon de le trouver. Il suffit d’aller dans les endroits reconnus pour abriter des castors et chercher des colonnes de vapeur. Sur le dessus de sa hutte couverte de boue gelée, le castor laisse un trou permettant l’aération de l’intérieur de la hutte. Donc si vous voyez une colonne de vapeur, vous saurez qu’une famille de castors se garde au chaud, non pas avec un poêle à bois, mais avec la chaleur corporelle de chaque individu.

Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’éducation

Photo : Wikimedia Commons

 

Sources :

Prescott, Jacques et Pierre Richard. (2013) Mammifères du Québec et de l’Est du Canada (3e édition). Waterloo, Québec : Éditions Michel Quintin.

Sproule, Dave, Parcs Ontario. (2017, 27 janvier). Le castor en hiver [Billet de blogue] www.ontarioparks.com/parcsblog/le-castor-en-hiver/