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Mignonne loutre, où vis-tu?

 

Avec autant de belles rivières en Gaspésie, il n’est pas rare de pouvoir observer la loutre de rivière. Animal gracieux vivant aussi bien dans l’eau que sur la terre ferme, on la confond parfois avec sa cousine la loutre de mer. Celle-ci apparait souvent sur les réseaux sociaux avec son adorable minois et ses mignonnes habitudes. Alors, voici comment distinguer ces cousines. 

 

La première différence est leur distribution et leur habitat. La loutre de rivière est présente dans les milieux semi-aquatiques d’Amérique du Nord. Elle fréquente les rives boisées des plans d’eau comme les rivières, mais aussi les lacs et les estuaires, entre autres. On l’observe dans les eaux douces, mais aussi dans les eaux côtières. La loutre de mer passe la majeure partie de son temps dans l’eau de l’Océan Pacifique, sur les côtes de l’Amérique du Nord et de l’Asie. Il lui arrive d’aller sur la terre ferme pour se reposer ou dormir, mais l’eau est définitivement plus son élément.
La deuxième différence s’observe au niveau physique. Elles ont certaines caractéristiques communes, dont un corps allongé, une fourrure imperméable variant du brun au noir et des oreilles et des narines qui se ferment hermétiquement durant la plongée. La loutre de rivière est plus petite que sa cousine. Elle mesure en moyenne 110 cm et pèse jusqu’à 11 kg. La loutre de mer peut mesurer jusqu’à 150 cm et peser en moyenne 30 kg. Les loutres ne possèdent pas de couche de graisse les gardant au chaud. C’est donc leur épaisse fourrure qui joue ce rôle. Chez la loutre de mer, on compte jusqu’à 170 000 poils par cm2 (57 800 poils par cm2 pour la loutre de rivière). Elles passent beaucoup de temps à se toiletter pour lustrer le poil et emprisonner de l’air dans la fourrure, ce qui les isole du froid de l’eau.
Pour ce qui est de l’alimentation, la loutre de rivière se nourrit principalement de poissons. Elle mange aussi des crustacés comme l’écrevisse, des amphibiens et des reptiles, des oiseaux, principalement des canards et autres oiseaux aquatiques qu’elle trouve près de son point d’eau, des insectes et des mammifères, quoique plus rarement. La loutre de mer se nourrit plutôt d’espèces marines comme les bivalves, les escargots, les crabes, les étoiles de mer, les oursins et parfois les poissons. Afin de trouver leur nourriture, la loutre de rivière et la loutre de mer utilisent les vibrisses, ces grands poils rigides près du museau, permettant de sentir les vibrassions des proies dans l’eau.
Une autre différence se situe au niveau de la vie sociale et de la reproduction. La loutre de rivière est nocturne, sauf en hiver où elle profite des rayons du soleil pour s’activer. Elle vit seule ou forme de petits groupes familiaux. Après la reproduction, la femelle s’occupe seule de ses petits, du nombre de un à trois, qui naissent dans un terrier qu’elle ne creuse pas. Elle utilise plutôt des terriers creusés par d’autres animaux comme le castor. C’est vers l’âge de deux mois que les jeunes loutres de rivière commencent à nager. La loutre de rivière est reconnue comme un animal joueur et ce jeu est important pour la survie, surtout des jeunes, puisqu’il leur apprend à chasser et à se défendre. La loutre de mer est diurne. Elle est très sociable et forme des groupes d’entre 10 et 100 individus. Ces groupes sont généralement formés d’individus de même sexe. Tout comme chez la loutre de rivière, c’est la femelle qui s’occupe de son unique petit, les jumeaux étant rares. La naissance peut avoir lieu sur la terre avec un retour rapide à l’eau, mais elle a souvent lieu directement dans la mer. Le petit a les yeux ouverts et une épaisse fourrure qui lui permet de flotter et de résister au froid de l’eau. Il passe beaucoup de temps sur le ventre de sa mère et commence à plonger vers l’âge de deux mois.
Bien que la loutre de rivière soit piégée pour sa fourrure, les populations canadiennes se portent bien. Elle est abondante, surtout dans les points d’eau propre, la loutre étant sensible à la pollution. La loutre de mer se porte malheureusement moins bien. Elle a un statut préoccupant. Deux des causes de mortalité sont les biotoxines accumulées dans les bivalves que mange la loutre et les contaminations par déversements d’hydrocarbures. D’ailleurs, la loutre de mer a déjà été éteinte au Canada et c’est suite à des réintroductions qu’elle est de retour.
Maintenant que les caractéristiques des deux espèces de loutres sont plus claires, une dernière question reste : laquelle des deux voit-on se tenir les pattes sur les photos circulant sur les réseaux sociaux? Il s’agit de la loutre de mer, qui parfois, afin de ne pas s’éloigner de son groupe dans le courant de la mer, va se tenir à une autre loutre, ou encore s’enrouler dans les grandes algues.
Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’éducation 
 
Sources : 
 
National Geographic. North American River Otter. https://www.nationalgeographic.com/animals/mammals/n/north-american-river-otter/ (Page consultée le 14 novembre 2018) 
National Geographic. Sea otter. https://www.nationalgeographic.com/animals/mammals/s/sea-otter/ (Page consultée le 14 novembre 2018)