Le blogue du Bioparc

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Un étranger venu du Sud

Avec un début janvier bien froid, il est parfois difficile de s’imaginer que les changements climatiques causent un réchauffement de la planète. Pourtant, dans les cent dernières années, la température globale moyenne a augmenté de 0,6 °C. Ce chiffre peut paraitre petit, mais c’est une moyenne, les changements affectent chaque milieu différemment. En regardant plus près de chez nous, ici au Québec, on observe, depuis les quarante dernières années, une augmentation de la température de 1,25 °C. Même si pour nous, 1,25 °C c’est très peu, c’est un changement très important pour la faune et la flore québécoises. Les animaux indigènes doivent s’adapter, et de plus en plus d’espèces du Sud remontent vers notre province. 

C’est le cas de l’opossum d’Amérique du Nord. Bien que très abondant au Mexique et aux États-Unis, il n’a pas toujours été résident au Québec. En fait, on l’observe seulement depuis une dizaine d’années, dans les régions de la Montérégie et des Cantons de l’Est. L’opossum est le seul marsupial d’Amérique du Nord, il est donc parent avec le kangourou et le koala. C’est un animal omnivore et opportuniste, comme le raton laveur. Il se nourrit d’insectes, de petits mammifères, d’œufs, de fruits, de charogne et on le retrouve parfois même dans nos poubelles. Cette caractéristique est un facteur déterminant dans la capacité d’adaptation d’une espèce.

L’opossum est un animal frileux et tolérant mal le froid. C’est d’ailleurs le froid qui détermine la limite nord de son aire de distribution. Mais avec les changements climatiques, les hivers sont plus cléments et les printemps plus hâtifs, ce qui explique pourquoi l’opossum a pu remonter vers le Nord. Même s’il est normalement actif à l’année, il reste caché dans un abri lors des grands froids; ses oreilles et sa queue étant dépourvues de poils, il est très vulnérable aux engelures.

L’opossum d’Amérique du Nord est différent des autres mammifères que l’on retrouve au Québec. Les petits, en moyenne 6 à 9, ne sont pas entièrement formés à la naissance, les pattes postérieures ne sont pas développées et les yeux et oreilles sont non apparents. Les petits vont passer 50 à 65 jours dans la poche marsupiale (comme les kangourous) attachés à une des 11 à 13 mamelles. À deux mois, ils sortent de la poche et la femelle les transporte sur son dos jusqu’au sevrage, vers trois mois et demi.

Malgré qu’il soit méconnu au Québec, il est souvent observé dans les films, émissions et dessins pour enfants. Il est connu pour sa queue préhensile, c’est-à-dire qui a la capacité de saisir, puisqu’on le voit souvent dans les films, la tête en bas, accroché à un arbre. Par contre, il s’agit des opossums d’Océanie qui ont cette capacité. Les opossums d’Amérique ne peuvent pas se pendre aux arbres, par contre, ils sont d’habiles grimpeurs, grâce à leur queue et à leurs pouces opposables. Il est aussi bien connu pour son moyen de défense. Lorsqu’il se sent menacé, il pousse des cris aigus et grogne. Si ce n’est pas suffisant, il peut excréter un liquide verdâtre et malodorant de ses glandes anales. Et finalement, en dernier recourt, il tombe en état catatonique, c’est-à-dire qu’il arrête totalement de bouger, feignant la mort, immobile, sur le côté, la bouche ouverte. C’est lorsque le danger est passé qu’il se remet à bouger.

Même s’il a des habitudes peu communes et qu’on ne l’observe que dans le sud du Québec pour l’instant, l’opossum est maintenant bien présent au Québec, et il n’est pas le seul. Plusieurs autres espèces animales et végétales font leur arrivée au Québec, ce qui a du bon et du mauvais. Le bon côté, c’est que la biodiversité, soit la diversité des organismes vivants, sera plus grande. Le mauvais côté est qu’il n’y a aucun moyen de prédire les conséquences, sur la faune et la flore locales, de l’arrivée de nouvelles espèces. L’opossum n’est qu’un exemple de ces espèces. Ici en Gaspésie, nous pouvons observer depuis quelques années le pic à ventre roux, un oiseau qui, selon les livres d’identification de 2013, « nous visite exceptionnellement en hiver, aux mangeoires » et ne niche pas au Québec selon la carte de distribution. Alors, même si l’hiver est encore très froid, c’est la présence de ces nouvelles espèces qui nous prouve qu’il y a des changements climatiques et qu’ils affectent tout, le climat et la distribution géographique du vivant.

Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’éducation
Photo : Wikipedia
Sources :
Prescott, Jacques et Pierre Richard. Mammifères du Québec et de l’est du Canada. Éditions Michel Quintin. 2013.
Paquin, Jean. Oiseaux du Québec et des maritimes. Éditions Michel Quintin. 2003.
Leboeuf, Michel. « Les envahisseurs ». Nature sauvage 21. 2013. pp.22-27
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