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Une odeur de famille

Plusieurs animaux dégagent des odeurs. Mais le premier qui nous vient en tête est la moufette. Le musc qu’elle produit est très odorant et est un répulsif efficace. Longtemps classée dans la famille des mustélidés, qui produisent aussi du musc, ce sont des analyses génétiques au début des années 2000 qui l’ont sortie du lot, pour lui donner sa propre famille, les méphitidés. D’ailleurs, son utilisation du musc est différente de celle des mustélidés. La moufette projette son musc lorsqu’elle se sent menacée. Les mustélidés l’utilisent pour marquer leur territoire.

Qui sont les mustélidés?

Les mustélidés ont plusieurs points en commun, mis à part la production de musc. D’ailleurs, une exception fait la règle ; la loutre de mer, qu’on observe dans l’océan Pacifique, ne produit pas de musc pour marquer son territoire (elle est aquatique).

Bien que la longueur et le poids soient variables, la plupart des mustélidés ont un corps allongé et de courtes pattes munis de 5 doigts. Principalement carnivores, ils ont des canines fortes et des molaires pointues. La forme de leur corps n’est pas conçue pour résister au froid ou pour accumuler de la graisse. Ce sont des animaux au métabolisme élevé, pour rester au chaud. Ils sont donc très actifs, en constant mouvement à la recherche de nourriture. Plusieurs espèces vont d’ailleurs tuer plus de proies qu’ils sont capables de consommer en une seule fois, pour faire des réserves pour plus tard.

La petite taille de plusieurs espèces leur permet d’entrer dans les terriers des proies pour les chasser. C’est la raison pour laquelle le putois d’Europe a été domestiqué, pour aider lors de la chasse au lapin et au rat, ce qui a donné ce qu’on connaît aujourd’hui comme le furet. D’autres espèces chassent dans les arbres, comme la martre d’Amérique, alors que d’autres sont adaptées à la chasse dans l’eau, comme la loutre de rivière. Ces différentes techniques de chasse ont permis une diversification des habitats utilisés et des proies, permettant aux mustélidés d’être présents dans presque tous les milieux. Ils sont présents aujourd’hui sur tous les continents sauf l’Australie et l’Antarctique. Ils sont aussi absents des îles océaniques, bien qu’une espèce, l’hermine, ait été introduite en Nouvelle-Zélande.

Les mustélidés du Québec

Dans la province, on peut observer 8 espèces. Trois de ces espèces sont seulement présentes en Amérique du Nord : la martre d’Amérique, le pékan et la loutre de rivière. Une espèce est présente dans les Amériques : la belette à longue queue. Finalement, 4 espèces sont présentes en Amérique et en Eurasie, soit l’hermine (aussi introduite en Nouvelle-Zélande), la belette pygmée, le vison (introduit en Amérique du Sud et en Eurasie) et le carcajou. Les deux espèces les plus communes, au Québec et mondialement, sont l’hermine et la belette pygmée.

La belette pygmée

La belette pygmée est le plus petit carnivore d’Amérique du Nord. Carnivore dans le sens de l’ordre, non pas du régime alimentaire. Dans cet ordre, on trouve plusieurs familles, dont les canidés, les félidés, les ursidés, et ceux qui nous intéressent dans le présent blogue, les mustélidés. Donc la belette pygmée est très petite, mesurant tout au plus 20 centimètres et pesant en moyenne une quarantaine de grammes, du moins pour la sous-espèce d’Amérique du Nord. Les individus présents en Russie et dans les pays adjacents sont plus gros.

Au Québec, elle est présente au nord du fleuve St-Laurent et on la reconnaît par son dos et ses flancs bruns avec le ventre blanc en été, et sa fourrure complètement blanche en hiver. C’est d’ailleurs comme ça qu’on peut facilement la distinguer de l’hermine, qui partage une grande partie de son aire de répartition, puisque celle-ci a le bout de la queue noir.

Le carcajou

Aussi appelé le glouton, le carcajou est le plus massif des mustélidés du Québec, pouvant atteindre 16 kg. Il n’est pas contre par le plus long. C’est la loutre de rivière qui gagne le podium de ce côté, pouvant mesurer jusqu’à 130 centimètres, alors que le carcajou mesure tout au plus 107centimètres.

On le distingue des autres mustélidés par son corps plus trapu, rappelant presque un petit ours. Il a une longue queue fournie et sa fourrure brun foncé est marqué de deux larges bandes plus claires, qui partent des épaules et se terminent à la base de la queue.

Le carcajou a souvent mauvaise réputation : agressif, glouton et dangereux. Pourtant, c’est un animal méconnu, difficile à observer en raison de ses habitudes et donc, difficile à étudier. Plutôt charognard, il tue rarement de grandes proies. Il dépend plutôt de la chasse d’autres prédateurs, comme le loup. Sa mâchoire très puissante lui permet de manger de la chair congelée et de casser les os pour y manger la moelle bien grasse. Il peut aussi traîner une carcasse sur de longues distances pour l’éloigner de potentiels compétiteurs et la défendre agressivement. Mais tous ces comportements sont avant tout une question de survie.

Historiquement présent dans une grande partie de l’est du Canada (on a d’ailleurs trouvé des ossements de carcajou dans la grotte de Saint-Elzéar), il est aujourd’hui présent seulement au nord du Québec, en faible nombre. Bien que plus présent dans l’ouest du pays, il est considéré en voie de disparition dans l’est.

Le fragile équilibre écologique

Efficaces prédateurs, les mustélidés jouent un rôle important de contrôle des populations de proies. Certaines espèces peuvent même chasser des proies plus grosses qu’eux-mêmes. Cependant, ils peuvent devenir nuisibles. C’est le cas de l’hermine en Nouvelle-Zélande. Introduite pour contrôler les populations de lapins (eux aussi introduits et causant des dommages aux récoltes), l’hermine est maintenant considérée comme invasive et nuisible, puisqu’elle chasse aussi des oiseaux indigènes, menaçant les populations. Cet exemple démontre l’importance de l’équilibre dans les écosystèmes et aussi la nécessité de réfléchir avant d’introduire une nouvelle espèce dans un écosystème qui n’est pas le sien.

 

Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’éducation

Sources :

Jacques Prescott et Pierre Richard. Mammifères du Québec et de l’Est du Canada. 3e édition. Québec : Éditions Michel Quintin, 2013. Imprimé.

LifeMap. [En ligne] https://lifemap.cnrs.fr/ (Page consultée le 9 janvier 2026)

Animal Diversity Web. Mustelidae [En ligne] https://animaldiversity.org/accounts/Mustelidae/ (Page consultée le 9 janvier 2026)

Britannica. Mustelid [En ligne] https://www.britannica.com/animal/weasel (Page consultée le 12 janvier 2026)